Témoignage : « Voilà les procédés de notation que j’utilise sans distinction »


Article paru le 19 jan, 2010
Chaque enseignant dispose de sa propre façon de faire pour évaluer ses élèves ou ses étudiants. Dans le cadre de ses recherches, l’équipe de NEOPTEC s’intéresse aux différentes méthodes que chacun élabore pour mener à bien son travail de correction. Cet article propose le témoignage d’une enseignante d’espagnol à l’université qui a bien voulu nous faire part de ses procédés de notation et de partager son expérience avec les enseignants qui s’intéressent à la définition d’une méthode pour fiabiliser leur notation. Voici sa description. N'hésitez pas à nous faire part de la vôtre !
 
Voici les deux types de sujet auxquels je suis habituellement confrontée :
1- sujet de langue (grammaire, conjugaison etc)
2- sujet de traduction

1- Sujet de langue : il s'agit comme tu peux le voir dans les extraits ci-dessous, d'exercices "à trous" ou de reformulation :

 
a. Donner la forme conjuguée du verbe à l'infinitif en fonction des indications
entre parenthèses.
1. __________________________PODER (vosotros, présent de l’indicatif)
2. __________________________ VIVIR (vosotros, imparfait de l'indicatif)
(…)
 
b. Complétez le texte suivant en conjuguant les verbes à l'infinitif suivant les indications données entre parenthèses.
Podríamos llamarlo Ismael, pero en realidad ____________ (LLAMARSE; él, imparfait de l'indicatif) Coy. (…)

Le barème est en général très simple : 1 si c'est juste, 0 si c'est faux (même si c'est pour une erreur d'accent oublié ou mal placé)
Je prends donc un sujet vierge, que je remplis en rouge et qui me sert de corrigé.
Ensuite, je place ce corrigé en regard de la copie de l'étudiant (juste à côté, le plus près possible de sa réponse), et je mets une barre quand c'est juste, un rond quand c'est faux.

Je corrige l'intégralité de la copie (s'il y a 5 exercices, je fais les 5 d'un coup, et ce pour chaque copie).
Si je suis seule à corriger le sujet (c'est-à-dire qu'il n'y a pas de collègues qui ont d'autres groupes ayant le même sujet), je compte les points de chacune des copies directement après la correction. Je précise : je ne vois chaque copie qu'une seule fois pour ces 2 étapes : correction intégrale + comptage des points.

Si au contraire, d'autres collègues corrigent d'autres groupes ayant le même sujet, j'attends de voir si nous sommes tous ok pour les réponses à donner, et je ne compte les points qu'après avoir corrigé l'ensemble des copies.
Enfin, sur ce type de sujet, le total est généralement /40 ou /50, et une fois que l'ensemble des copies a passé l'étape correction intégrale + comptage des points, je reprends le paquet et je convertis cette note en note /20 ou /10 selon ce que l'on doit inscrire par la suite sur le PV. A ce moment-là, j'en profite pour jeter un œil rapide, d'ensemble sur les réponses et sur ma correction pour m'assurer qu'il n'y ait pas d'erreur. A ce stade-là, j'ai toutes les réponses en tête comme une suite logique, et je peux donc vérifier rapidement que tout va bien.

Pour les sujets de "TDA", il me faut 2h30 pour corriger 40 copies; pour les sujets de "TDB", 1h30 pour 40 copies.

2- Sujet de traduction : il s'agit d'un texte d'environ 200 mots (selon le niveau et la durée de l'examen). Les étudiants rendent seulement leur traduction et ne recopient pas le texte original. J'ai établi un barème sous forme de tableau pour faciliter la correction (voir en annexe). Il existe une typologie des fautes, et pour chaque mot ou groupe de mot, il s'agit de décider avant la correction des copies du nombre de points-fautes attribué à chacune des solutions rencontrées.

 
Ainsi, tu verras apparaître dans le tableau "mot du texte A" qui est le mot du texte du sujet. "Proposition" qui regroupe l'ensemble des solutions trouvées dans les copies. Puis les types de fautes, et une croix qui montre comment sanctionner telle ou telle proposition. Si la proposition de l'étudiant est considérée comme acceptable, alors on marque "OK".

Ce système a 2 avantages :
- Il permet d'assurer une correction strictement égale quelque soit la copie : pas de risque d'oubli ou de confusion de la part du correcteur. On enlève la part de subjectivité qui peut pousser le correcteur à être plus ou moins strict avec la même faute selon la qualité globale de la copie, selon l'étudiant, selon l'heure de correction, l'état de forme etc etc.
- Il permet de soulager la mémoire du correcteur qui, avec ce type de sujet, devient très vite surchargée par le très grand nombre d'informations à traiter.

Ensuite, je procède par phrase ou groupe de phrase : je ne corrige QUE le titre sur toutes les copies, puis je reprends le paquet du début, ne corrige QUE la 1e phrase ou le 1er paragraphe etc etc. Cela permet justement d'avoir en tête très rapidement la typologie des fautes, et donc d'aller plus vite : on se souvient plus facilement d'une phrase que de 30 lignes. A chaque fin de "groupe de phrase", je compte le total de points-fautes que je note en marge dans un cercle.

Au fur et à mesure, je commence à avoir une idée des copies qui pourraient avoir la moyenne ou non.
Une fois que toutes les copies sont corrigées, j'additionne tous les points-fautes encerclés : cela me donne le nombre total de points fautes sur la copie. Cela me permet aussi de survoler les copies dans leur intégralité et de me donner une idée plus précise de celles qui devraient avoir la moyenne et plus.

Une fois que toutes les copies ont leur nombre total de points-faute, je fais la moyenne de tous ces points-fautes. Généralement, elle tombe à peu près sur ce que j'avais pressenti comme moyenne. Par ex : 55-60 points-fautes = 10/20
Cela permet d'ajuster aussi la note si l'on s'est trompé sur le niveau de difficulté : si on tombe sur une moyenne de 5/20, c'est que le sujet était trop difficile, et/ou les exigences des correcteurs trop élevées.
 
 
Suite à cette description, l'équipe de recherche a cherché en savoir en plus… Voici les quelques échanges et précisions apportées par l'enseignante :
 
Pourrais-tu me dire comment tu as appris à noter avec cette méthode et qui te l'a enseigné ?
- Personne ne m'a enseigné cette méthode. La seule chose que l'on m'a indiqué, c'est pour la traduction, et c'est la valeur attribuée à chaque type de faute (la hiérarchie des fautes), qui est le barème adopté en agrégation (et qu'il faut adapter au niveau des étudiants), et le fait de trouver l'équivalence entre le nombre de points-fautes et la note sur 20 (ça, ça vient d'une prof que j'ai eu à la fac à Toulouse plusieurs années et à qui j'ai demandé des conseils lorsque j'ai dû corriger des traductions pour la première fois).
 
As-tu rencontré des difficultés ou as-tu eu des doutes sur l'attribution des points au cours de tes premières corrections ou encore maintenant ?
- Oui, j'ai toujours des doutes lors de l'attribution des points, depuis le début, et encore maintenant. Ce qui me fait douter, ce n'est pas le fait de déterminer s'il y a "faute" ou non, c'est le fait de savoir si la "sanction" correspondante est "juste", si ce n'est pas trop sévère ou trop laxiste. Mais il suffit d'être au clair avec ce que l'on attend des étudiants selon leur niveau et ce que l'on a fait en cours pour que les doutes disparaissent.
 
As-tu remarqué une évolution dans ta manière de noter ? Si oui, peux-tu me la décrire ?
- L'évolution n'est pas dans la manière de noter mais dans l'organisation. La création de la grille de correction dans laquelle je recense toutes les erreurs et les formules acceptées date de cette année. L'an dernier, je notais ça à la file, et c'était moins organisé donc moins rapide.

Comment fais-tu pour remplir ta grille de notation ? Le fais-tu sur support papier et dans ce cas imprimes-tu une grille pour chaque étudiant ?
- La grille est unique. Il n'y a qu'une seule grille pour l'ensemble des copies, que je remplis par ordinateur au fur et à mesure de mes corrections. Du coup, je mets plus de temps à corriger les premières copies. Au bout d'un moment, comme ce sont les mêmes solutions de traduction qui se retrouvent dans toutes les copies, il me suffit de regarder dans la grille quel nombre de points j'enlève ou si c'est accepté, et je corrige en fonction. Je n'imprime la grille que pour faire le corrigé en cours : ça me permet une transparence totale dans la correction et l'évaluation, et aussi de leur faire comprendre qu'il y avait une multitude de solutions possibles qui ont été trouvées par des étudiants de leur groupe (et pas de solution  hégémonique d'un prof).
 

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